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Baumettes 2 (2)

Prison des Baumettes 2 : un an d’ouverture, un an de galère

Les surveillants pénitentiaires de la prison des Baumettes 2 sont en colère. Ils l’ont dit et répété clairement 20180529 024738ce mardi matin lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée sur le parvis de la nouvelle prison. Au dessus d’eux, une banderole annonce la couleur : « un an d’ouverture, un an de galère. » Il est vrai qu’après seulement un an d’ouverture le bâtiment qui promettait d’être « ultramoderne et ultra-sécurisé » est un véritable nid de malfaçons et d’infiltrations.

 

 

Le délégué du syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS), Christophe Buono, égrène la longue liste des dysfonctionnements publiables : infiltrations d’eau à travers les toitures, les fenêtres, les locaux administratifs, cellules et sous-sols inondés, salle de spectacle inutilisable, évacuation défectueuse des eaux usées, ascenseurs en panne, alarme d’incendie qui se déclenche durant la douche des détenus ( !), serrures de cellules hors service, fissures dans les murs, plafonds qui s’effondrent, pas de climatisation ni de chauffage dans certains bâtiments du personnel, bref, c’est la chienlit à tous les étages !

« C’est une prison à 95 millions d’euros qui prend l’eau », regrette M. Buono. Avec ses camarades, il a pourtant envoyé au ministère de la Justice 421 fiches de signalements de ces dysfonctionnements inconcevables dans une prison flambant neuve. Mais l’administration reste sourde et muette. Quand certains détenus parmi les plus turbulents ou les plus radicalisés menacent de se suicider si on les transfère dans un quartier disciplinaire, ils sont aussitôt réintégrés dans leurs cellules et font un doigt d’honneur au surveillant qui a eu l’audace de sanctionner leur tapage ou leurs abus. Ce qui se passe à Marseille est hallucinant : l’autorité n’est plus dans les coursives, elle est dans les cellules !

20180529 022826A ces problèmes techniques qui rendent difficiles leurs conditions de travail, les surveillants doivent aussi faire face à une surpopulation pénale : 300 détenus au lieu des 150 prévus. « Cette prison des Baumettes 2 était construite pour des cellules individuelles, or, dès l’ouverture, la majorité des cellules ont été doublées, confirme le syndicaliste. Le taux moyen d’occupation est de 136,5 pour cent en 2017 ». Si les cellules sont pleines, les coursives ont tendance à se vider. Le personnel n’en peut plus de subir les avanies, menaces et brimades infligées par les détenus. On ne peut plus recruter normalement. Le métier fait peur. Conséquence : il y a de moins en moins de surveillants pour garder de plus en plus de détenus.

Les surveillants sont livrés à eux-mêmes dans une prison où les caïds font la loi, avec la complicité tacite de la direction. La certitude de l’impunité accroît chez certains détenus réfractaires le sentiment d’impunité, quoi qu’ils fassent. Ils ont pris l’ascendant sur les surveillants qui viennent travailler la peur au ventre : « plus question pour nous de sortir dans la rue en uniforme, confie une surveillante, avant c’était pour nous une fierté, aujourd’hui ce serait prendre le risque d’une agression… »

Les surveillants n’ont même pas pu obtenir l’installation de « trappes de menottage » pour pouvoir entraver les détenus dangereux sans avoir à ouvrir la porte de leurs cellules. Le travail est devenu si pénible face à des détenus irascibles que de nombreux surveillants partent en congé maladie ou démissionnent.  « Le matin quand on arrive aux Baumettes, on ne sait pas quand on va rentrer chez nous, ni comment on va rentrer », explique Jacques Strudzynski, trente cinq ans de maison.

A Fleury un jeune surveillant réunionnais s’est suicidé peu après son retour au travail : il avait été agressé par un détenu qui n’a pas été sanctionné et n’a pas cessé de le narguer. Combien d’autres vont craquer ? « En fait, c’est nous qui sommes en semi-liberté pour 1500 euros par mois », ironise Christophe Buono.

On se demande bien pourquoi le ministère de la Justice ne prend pas l’avis des professionnels avant de construire de tels bazars minés par les fuites et construits en dépit du bon sens. Aux Baumettes 2, les cellules font face aux maisons du voisinage au lieu d’être situées dans les arrières cours : résultat, c’est un concert de tapage diurne et nocturne avec l’éruption de parloirs sauvages et les menaces de mort contre les riverains excédés  qui se plaignent du bruit incessant…

Quand on pense que le programme des « Baumettes 3 » va bientôt être lancé pour remplacer le bâtiment le plus ancien, on frémit par avance : l’administration commettra-t-elle les mêmes erreurs et daignera-t-elle écouter ceux qui y travaillent toute la sainte journée ?

José D’ARRIGO – Article pour Debout La France et Nicolas Dupont Aignan.

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